Mercredi 17 décembre 2008
Les Ukrainiens se basent encore sur le calendrier Julien, aussi ne
soyez pas surpris s'ils fêtent Noël le 7 janvier même si la nuit du 24 fait souvent l'objet de festivités pour se mettre au diapason de leurs voisins catholiques.
Noël orthodoxe est largement considérée comme une fête "retrouvée" pour l'Ukraine (en tout cas pour la partie centrale et orientale du pays).
A l'époque soviétique, elle ne figurait pas parmi les fêtes officielles du pays
car considérée "religieuse" et par conséquent dangereuse.
« Quand j'étais écolière, on ne savait pas grand chose sur Noël. Juste après le jour de l'An, des festivités folkloriques étaient organisées, mais on ne comprenait pas trop à quoi ça rimait. Il y
a neuf ans (donc, après l'Indépendance), cette fête est devenue officielle », précise Irina, trentenaire de Kiev.
Si Noël compte maintenant parmi les plus grandes fêtes de l’église orthodoxe et
commence à devenir de plus en plus une fête familiale, le Jour de l'An reste encore le moment le plus important.
Les quelques jours précédant le Noël ukrainien sont marqués par des préparatifs
religieux et festifs dont l'apogée est le "repas saint" ou sviata vechera, qui ne doit
contenir aucune viande ni produit laitier. On retrouve surtout des céréales, du poisson, des légumes et des fruits. Dans le même esprit, point de beurre mais des gras végétaux et des huiles.
Certains pourront penser que c'est un retour aux sources, les Ukrainiens étant un peuple agricole et leur cuisine s'appuyant essentiellement sur les céréales et les cultures
maraîchères.
La table est toujours dressée avec une gerbe de blé. Souvent on dépose des épis
de blé sur ou sous la nappe pour représenter l'enfant Jésus couché sur la paille. On sort les plus belles broderies qu'on se passe de génération en génération. On retrouve souvent deux nappes
superposées, une représentant les membres de la famille, l'autre ceux qui sont décédés. Il y a toujours une chaise vide et un couvert pour l'âme des morts bien-aimés.
La pièce centrale est le kolach ou pain de Noël dont la forme circulaire symbolise l'éternité. On allume, au centre de la table, une chandelle représentant Jésus,
la lumière du monde.
Le repas ou plutôt la « cérémonie » du repas commence avec l'apparition
de la première étoile dans le ciel, rappelant l'étoile des rois mages indiquant la route vers Bethlehem.
Dans les campagnes, c'est à ce moment que le père entre dans la maison tenant une
gerbe de blé appelée didukh représentant les ancêtres de la famille qu'il va placer sous
l'icône.
En ville on se contente de déposer sur la table quelques épis de blé. Les
festivités commencent par une prière et les traditionnels voeux de Noël "Khrystos rodyvsya!" (Jésus est né), auxquels toute l'assistance répond "Slavite yoho!" (Rendons
grâce)
On sert alors 12 plats représentant les 12 apôtres. Le blé, si emblématique de la
culture ukrainienne, sert d'ingrédient de base pour le premier plat. C'est le kutia, des
grains de blé bouillis mélangés à du miel, des graines de pavot et des noix. Chaque membre de la famille doit partager le kutia qui symbolise la prospérité pour l'année à venir. Selon une vieille
superstition, il faut lancer en l'air une cuillerée pleine de kutia. Si elle colle au plafond, la prospérité est assurée. De nos jours, cette coutume semble devenir moins populaire!
Ensuite vient le potage, l'incontournable borshch, cette fameuse soupe de betterave et de chou. Elle a une saveur particulière car en ce jour,
elle ne peut pas être parfumée avec un morceau de viande ou un bouillon de viande. Puis, les poissons cuits au four, frits, servis en aspic ou marinés. Côté légumes, le repas ne serait pas
complet sans pyrohy ou varenyky, ces "raviolis" ukrainiens farcis de pommes de terre et
d'oignons, parfois de choucroute, voire même de fruits. On retrouve aussi deux sortes de choux farcis, les holubtsi: l'un farci au riz parfumé; l'autre au sarrasin.
On ajoutera sur la table une purée d'haricots blancs avec de l'oignon et de
l'ail; une kapusta, ou choucroute avec des oignons; des salades et parfois des betteraves ou des champignons marinés.
Le service du dessert se fait en deux temps:
on apporte tout d'abord l'uzvar, une compote de fruits secs - prunes, abricots, pommes,
figues - qu'on a fait tremper toute la nuit avant de les cuire dans le miel, puis un assortiment de pampushky, de petites pâtisseries légèrement frites et farcies de graines de pavot ou de fruits secs.